# La méthode premier entré premier sorti appliquée à la gestion des stocks

La gestion optimale des flux de marchandises représente aujourd’hui un défi majeur pour les entreprises évoluant dans des secteurs où la fraîcheur, la traçabilité et la conformité réglementaire s’imposent comme des impératifs absolus. Dans ce contexte hautement concurrentiel, la méthode FIFO (First In, First Out) ou premier entré premier sorti se positionne comme une stratégie incontournable pour minimiser les pertes liées à l’obsolescence, garantir la qualité des produits commercialisés et assurer une valorisation comptable fidèle à la réalité économique. Adoptée massivement dans l’agroalimentaire, la pharmacie et la distribution spécialisée, cette approche systématique du flux physique des stocks repose sur un principe fondamental : les articles les plus anciens doivent systématiquement sortir en priorité de l’entrepôt. Cette logique chronologique ne se limite pas à une simple règle opérationnelle, elle structure également l’ensemble des processus comptables, logistiques et technologiques de l’entreprise, impactant directement la rentabilité, la conformité fiscale et la satisfaction client.

FIFO : définition et principes fondamentaux de la méthode premier entré premier sorti

La méthode FIFO constitue l’une des techniques de valorisation des stocks les plus répandues et reconnues internationalement. Son principe directeur repose sur une logique intuitive : les premières unités entrées dans le stock doivent être les premières à en sortir, que ce soit pour une vente, une utilisation en production ou tout autre mouvement de déstockage. Cette approche garantit que les articles les plus anciens ne restent jamais trop longtemps dans l’entrepôt, réduisant ainsi considérablement les risques de détérioration, de péremption ou d’obsolescence technologique.

D’un point de vue comptable, l’application de la méthode FIFO implique que les sorties de stock sont systématiquement valorisées au coût d’acquisition ou de production des articles les plus anciens encore disponibles. En conséquence, le stock résiduel se trouve évalué aux coûts d’acquisition les plus récents, reflétant davantage la valeur de marché actuelle des marchandises détenues. Cette particularité revêt une importance capitale lors de l’établissement des états financiers, notamment en période d’inflation des prix d’approvisionnement, car elle influence directement le résultat comptable et l’assiette fiscale de l’entreprise.

Flux physique des marchandises et rotation chronologique des stocks

Le flux physique des marchandises dans un système FIFO s’organise selon une circulation unidirectionnelle rigoureuse. Contrairement à d’autres méthodes de gestion des stocks, la règle du premier entré premier sorti nécessite généralement un double accès aux zones de stockage : une entrée pour l’approvisionnement des nouvelles marchandises et une sortie distincte pour les prélèvements destinés aux commandes clients. Cette configuration spatiale s’observe typiquement dans les entrepôts équipés de rayonnages dynamiques à gravité ou de convoyeurs à rouleaux, où les produits se déplacent naturellement vers la zone de picking à mesure que les unités précédentes sont prélevées.

Cette organisation logistique exige une discipline opérationnelle stricte de la part des équipes d’entrepôt. Chaque réception de marchandises doit être positionnée derrière les stocks existants, tandis que chaque préparation de commande doit impérativement prélever les articles présentant les dates d’entrée les plus anciennes. Pour faciliter cette rotation

Pour faciliter cette rotation chronologique, les entreprises s’appuient sur un marquage clair (date de réception, numéro de lot, date de péremption) et sur des procédures standardisées de rangement. Concrètement, chaque emplacement de stockage est associé à une logique de flux : l’opérateur qui range le stock le fait toujours à l’arrière, tandis que le préparateur de commandes prélève toujours à l’avant. On peut comparer ce fonctionnement à une file d’attente organisée : le premier client arrivé est le premier servi, ce qui évite que certains articles « stagnent » en fond d’allée pendant des mois. Dans un environnement où la durée de vie des produits est limitée, cette discipline de flux physique est la condition indispensable pour que la méthode premier entré premier sorti produise réellement ses effets.

Différenciation entre FIFO, LIFO et méthode du coût moyen pondéré

Si la méthode FIFO est aujourd’hui dominante dans la gestion des stocks périssables, elle coexiste avec d’autres approches qu’il est essentiel de distinguer. La méthode LIFO (Last In, First Out ou dernier entré premier sorti) suppose, à l’inverse, que les dernières unités entrées sont les premières à sortir. Dans ce schéma, le coût des marchandises vendues reflète les prix d’achat les plus récents, tandis que les stocks restants sont valorisés aux coûts les plus anciens, ce qui peut conduire à une sous-évaluation du stock en période d’inflation. Quant au coût moyen pondéré (souvent appelé CUMP ou coût moyen mobile), il consiste à lisser le coût unitaire en calculant une moyenne des prix d’acquisition après chaque entrée en stock.

Sur le plan opérationnel, FIFO et LIFO décrivent un ordre de sortie, alors que le coût moyen pondéré est avant tout une méthode de valorisation comptable. Dans la pratique, vous pouvez par exemple gérer physiquement vos flux en FIFO tout en valorisant vos stocks en coût moyen, dès lors que la réglementation applicable le permet. Chaque méthode présente des impacts spécifiques sur la marge brute : en période d’inflation, LIFO augmente mécaniquement le coût des marchandises vendues et diminue le résultat, tandis que FIFO, en s’appuyant sur des coûts plus anciens et généralement plus bas, tend à augmenter le bénéfice imposable. Le coût moyen, lui, joue le rôle d’amortisseur entre les deux extrêmes, en offrant une vision plus lissée de la structure de coûts.

Cadre réglementaire comptable selon les normes IAS 2 et PCG

Au-delà de la logistique, la méthode premier entré premier sorti s’inscrit dans un cadre réglementaire précis. La norme internationale IAS 2, qui régit la comptabilisation et l’évaluation des stocks, autorise explicitement l’utilisation de la méthode FIFO et du coût moyen pondéré, mais exclut la méthode LIFO, jugée insuffisamment représentative de la réalité économique des flux de marchandises. En France, le Plan Comptable Général (PCG) va dans le même sens : il admet notamment la méthode du premier entré, premier sorti (PEPS) et le coût moyen unitaire pondéré pour l’évaluation des sorties de stocks, tout en proscrivant l’usage du LIFO pour les comptes sociaux.

Cette convergence réglementaire n’est pas anodine : elle vise à garantir que les états financiers présentent une image fidèle de la situation patrimoniale et du résultat de l’entreprise. En appliquant FIFO, les stocks au bilan sont valorisés aux coûts les plus récents, plus proches du prix de remplacement, ce qui renforce la pertinence économique des comptes. De plus, l’administration fiscale française accepte la méthode PEPS pour les produits interchangeables, sous réserve que la méthode d’évaluation choisie soit appliquée de manière constante dans le temps. Vous devez donc être particulièrement vigilant : changer de méthode d’une année sur l’autre sans justification solide peut être interprété comme une manipulation des résultats.

Applications sectorielles : agroalimentaire, pharmaceutique et distribution

Dans l’agroalimentaire, la méthode FIFO n’est pas seulement une bonne pratique, elle relève souvent de l’obligation réglementaire. Les produits frais, surgelés ou laitiers, soumis à des DLC (dates limites de consommation) très strictes, doivent impérativement sortir dans l’ordre chronologique d’entrée afin d’éviter tout risque sanitaire et tout gaspillage massif. L’organisation physique des chambres froides, des réserves de supermarché et des entrepôts de grossistes est donc pensée pour faciliter le premier entré premier sorti : rayonnages traversants, allées distinctes pour l’entrée et la sortie, et contrôles quotidiens des dates de péremption.

Dans l’industrie pharmaceutique, la logique est comparable mais encore plus encadrée, avec des exigences élevées de traçabilité des lots et de maîtrise des dates de péremption. Les laboratoires et distributeurs doivent être en mesure de démontrer, lors d’un audit ou d’un rappel produit, quel lot a été livré à quel client et à quelle date. La méthode FIFO, parfois couplée au FEFO (First Expired, First Out), devient alors un pilier de la conformité réglementaire. Enfin, dans la grande distribution et la distribution spécialisée (cosmétique, électronique, textile), le premier entré premier sorti permet de limiter les stocks dormants, d’accompagner la rotation saisonnière des collections et de réduire les démarques liées à l’obsolescence ou à la dégradation de l’emballage.

Mise en œuvre opérationnelle du FIFO dans l’entrepôt logistique

Aménagement des zones de stockage et circulation en flux tendu

Mettre en place la méthode FIFO dans un entrepôt logistique ne se résume pas à modifier quelques procédures : cela implique de repenser l’aménagement des zones de stockage et les circuits de circulation. Un entrepôt conçu pour le premier entré premier sorti adopte en général une logique de flux traversant : la marchandise entre par un côté (quai de réception) et sort par l’autre (quai d’expédition), sans retour en arrière. Cette organisation limite les croisements de flux, réduit les risques d’erreur de prélèvement et favorise le travail en flux tendu, avec des temps de séjour en stock raccourcis.

Dans la pratique, cela se traduit par le déploiement de rayonnages dynamiques, de racks à palettes à double entrée ou de systèmes de stockage par accumulation compatibles avec un accès différencié entrée/sortie. Les emplacements sont souvent segmentés en zones selon la criticité du délai (DLC très courte, moyenne, longue) afin de prioriser les contrôles et les préparations. Si vous cherchez une image simple, imaginez un parking en épi où les véhicules entrent par un côté et sortent naturellement par l’autre : vous ne vous posez plus la question de savoir qui doit partir en premier, l’ordonnancement est dicté par la configuration physique.

Système de picking par date de péremption et lot de fabrication

Le respect de la méthode FIFO repose aussi sur un système de picking rigoureux, fondé sur les dates de péremption et les numéros de lot. Lors de la préparation de commande, l’opérateur doit être guidé vers les emplacements contenant les plus anciens lots encore conformes, sans avoir à effectuer lui-même une analyse chronologique complexe. C’est là que les règles de pré-allocation définies dans le WMS (Warehouse Management System) jouent un rôle clé : elles déterminent automatiquement quel lot est à prélever, dans quel ordre et à quel emplacement.

Pour les produits soumis à une DLC ou une DLUO, une logique FEFO peut venir affiner la méthode FIFO, en priorisant les articles dont la date d’expiration est la plus proche, même s’ils ne sont pas strictement les premiers entrés. Cette nuance est déterminante dans les secteurs à forte volatilité des flux, où les approvisionnements peuvent parfois dépasser temporairement la demande. Pour vous, cela signifie qu’un picking bien paramétré doit être capable de combiner plusieurs critères : date d’entrée, date de péremption, lot de fabrication et exigences spécifiques du client (par exemple une durée de conservation résiduelle minimale).

Étiquetage intelligent : codes-barres, RFID et traçabilité ascendante

Sans un étiquetage fiable, la méthode premier entré premier sorti reste théorique. Chaque unité logistique (palette, carton, unité consommateur) doit porter les informations nécessaires à la rotation des stocks : code article, numéro de lot, date de fabrication, date de péremption, voire numéro de série pour les produits sensibles. Historiquement, les codes-barres 1D puis 2D (type Datamatrix) ont constitué la base de cette traçabilité, scannés à chaque réception, déplacement interne et expédition. La généralisation des standards GS1 a permis d’harmoniser ces pratiques et de faciliter les échanges d’informations entre industriels, distributeurs et prestataires logistiques.

Progressivement, les technologies RFID (Radio Frequency Identification) viennent renforcer cet étiquetage intelligent, notamment pour les flux à très fort volume. L’avantage ? Vous n’avez plus besoin de viser chaque code-barres individuellement : une antenne peut lire en une seule fois l’ensemble des étiquettes d’une palette qui passe sous un portique. Cela améliore considérablement la fiabilité de la traçabilité ascendante (du point de vente vers le fabricant) et descendante (du fabricant vers le client), et réduit les risques de rupture de la chaîne FIFO lors des pics d’activité. Bien entendu, ces technologies doivent être intégrées au système d’information de l’entreprise pour que les règles de rotation soient automatiquement appliquées.

Formation des caristes et préparateurs aux bonnes pratiques FIFO

Aucun système FIFO ne fonctionne correctement sans une formation adaptée des équipes. Les caristes, préparateurs de commandes et responsables de quai sont en première ligne pour garantir le respect de la rotation chronologique. Ils doivent comprendre pourquoi il est crucial de ranger la marchandise reçue derrière les stocks existants, de suivre scrupuleusement les emplacements définis par le WMS et de ne jamais « piocher au plus près » pour gagner quelques secondes. Sans cette culture commune, même le meilleur logiciel de gestion d’entrepôt ne peut pas empêcher les dérives.

Dans la pratique, les entreprises performantes en FIFO mettent en place des parcours de formation initiale et continue, combinant modules théoriques (principes de la méthode, risques de non-conformité, impacts financiers) et ateliers pratiques sur le terrain. Des contrôles réguliers, des audits d’emplacement et des indicateurs de performance par équipe (taux de prélèvements conformes à la règle FIFO, nombre d’anomalies par semaine) permettent de maintenir un haut niveau d’exigence. Vous pouvez voir cela comme un sport collectif : même avec la meilleure tactique, si chaque joueur n’applique pas la stratégie, l’équipe finit par encaisser des buts.

Solutions WMS et logiciels de gestion des stocks en mode FIFO

Paramétrage SAP EWM et configuration des règles de prélèvement

Les grands éditeurs de logiciels de gestion d’entrepôt ont intégré depuis longtemps la logique FIFO dans leurs fonctionnalités standard. SAP Extended Warehouse Management (SAP EWM), par exemple, permet de définir des stratégies de prélèvement très fines basées sur des critères de dates et de lots. Dans la configuration, vous pouvez paramétrer des règles d’ordonnancement des stocks qui imposent la sélection des quantités les plus anciennes, avec des exceptions possibles pour certains clients, canaux de distribution ou familles de produits. Le système génère ensuite automatiquement les ordres de prélèvement en respectant ces priorités.

Concrètement, cela se traduit par des structures telles que les stock removal strategies ou les warehouse process types, qui déterminent la séquence des emplacements à visiter pour chaque ordre de préparation. Si un lot ne respecte plus les critères de qualité (périmé, bloqué, en quarantaine), SAP EWM peut l’exclure automatiquement des propositions de picking, évitant ainsi une rupture dans le respect du FIFO. Pour vous, l’enjeu est double : sécuriser la conformité opérationnelle au quotidien et disposer, en cas de litige ou d’audit, d’une traçabilité complète de chaque décision de prélèvement.

Fonctionnalités FIFO dans odoo inventory et solutions open source

Les solutions open source et les ERP modulaires comme Odoo offrent également des fonctionnalités avancées pour la gestion des stocks en FIFO. Dans Odoo Inventory, il est possible d’activer différents modes d’évaluation des stocks (FIFO, coût moyen, standard) et de choisir la méthode applicable par produit ou catégorie d’articles. Lorsqu’on active FIFO, le système suit automatiquement les entrées de stock par lots et valorise chaque sortie en fonction des coûts des premiers lots disponibles. Cette logique est transparente pour l’utilisateur final, qui se contente de réaliser ses opérations de réception et de livraison.

Les solutions open source présentent un avantage supplémentaire : leur flexibilité. Si votre activité nécessite une variante particulière de la méthode premier entré premier sorti (par exemple un mix entre FIFO et FEFO, ou une priorisation par canal de vente), il est possible de développer des modules spécifiques ou des scripts complémentaires. Cela permet d’adapter le système d’information à la réalité de votre supply chain, plutôt que l’inverse. En revanche, cette liberté implique de bien documenter vos choix d’implémentation pour rester conforme aux exigences comptables et réglementaires.

Intégration avec les ERP : oracle NetSuite et microsoft dynamics 365

Pour une entreprise multi-sites ou internationale, la gestion FIFO ne s’arrête pas à l’entrepôt : elle doit être parfaitement alignée avec l’ERP qui pilote la comptabilité, les achats et les ventes. Des solutions comme Oracle NetSuite ou Microsoft Dynamics 365 intègrent des modules de gestion des stocks capables de suivre la méthode premier entré premier sorti sur plusieurs entrepôts, voire plusieurs pays. Vous pouvez ainsi harmoniser vos règles de valorisation des stocks, consolider vos indicateurs de performance et fiabiliser vos reportings financiers.

L’intégration étroite entre WMS et ERP permet de garantir que chaque mouvement physique (réception, transfert, livraison) se traduit immédiatement par une écriture comptable cohérente avec la méthode d’évaluation retenue. En cas d’inventaire tournant ou de correction de stock, l’impact sur le coût des marchandises vendues est automatiquement recalculé selon la logique FIFO. Dans une période où la volatilité des prix d’achat est forte, cette cohérence temps réel entre logistique et finance devient un véritable avantage compétitif : vous disposez d’une vision actualisée de votre marge, entrepôt par entrepôt, gamme par gamme.

Impact comptable et valorisation des stocks selon la méthode FIFO

Calcul du coût des marchandises vendues et variation des marges brutes

Sur le plan comptable, la méthode FIFO impacte directement le coût des marchandises vendues (CMV ou COGS) et donc la marge brute. Quand vous vendez un produit, le système comptable identifie automatiquement les lots les plus anciens encore en stock et leur associe la sortie de marchandises. Si les prix d’achat ont augmenté au fil du temps, les coûts affectés aux ventes restent relativement bas, tandis que les stocks restants au bilan sont valorisés à des coûts plus élevés. Résultat : la marge brute affichée est plus élevée que si vous aviez appliqué une méthode LIFO, où les coûts les plus récents (donc plus élevés) seraient sortis en priorité.

Cependant, cette apparente amélioration de la performance ne doit pas vous tromper : elle reflète surtout un décalage temporel dans la prise en compte des hausses de coûts d’approvisionnement. En période de forte inflation, votre marge brute sous FIFO peut sembler confortable à court terme, mais vos besoins de financement augmentent simultanément, car le coût de reconstitution des stocks est plus élevé. À l’inverse, en période de baisse des prix, la méthode premier entré premier sorti peut conduire à une marge brute moindre, puisqu’elle vous fait consommer d’abord des lots achetés plus chers dans le passé.

Conséquences fiscales en période inflationniste versus déflationniste

Du point de vue fiscal, la méthode FIFO influence le niveau de bénéfice imposable, en particulier lorsque les prix d’achat varient fortement. En période d’inflation, l’utilisation du premier entré premier sorti conduit à enregistrer un coût des marchandises vendues fondé sur des achats anciens, réalisés à un prix plus bas. Le résultat comptable augmente mécaniquement, et avec lui l’assiette de l’impôt sur les sociétés. Autrement dit, vous payez plus d’impôt aujourd’hui, même si le coût de remplacement de vos stocks grimpe en parallèle. Certaines entreprises considèrent cela comme un inconvénient majeur de FIFO dans un contexte inflationniste.

En période déflationniste ou de baisse progressive des prix d’achat, la logique s’inverse. La méthode FIFO vous fait sortir en priorité les lots achetés dans le passé à un prix plus élevé, augmentant ainsi le coût des ventes et réduisant le bénéfice imposable. Le stock résiduel, valorisé à des coûts plus récents et plus bas, diminue la valeur de vos actifs, mais allège potentiellement votre pression fiscale à court terme. Dans tous les cas, l’important est de choisir une méthode d’évaluation des stocks et de s’y tenir, sauf changement exceptionnel dûment justifié, afin d’assurer la comparabilité des comptes et la transparence vis-à-vis de l’administration fiscale.

États financiers : bilan comptable et compte de résultat sous FIFO

Dans les états financiers, la méthode premier entré premier sorti se traduit par une valorisation plus proche de la valeur de remplacement au niveau du bilan. Les stocks figurant à l’actif circulant sont évalués aux coûts des dernières acquisitions, ce qui donne une image plus réaliste du capital immobilisé dans les marchandises. À l’inverse, le compte de résultat reflète une structure de coûts historiquement plus basse en phase de hausse des prix, ce qui gonfle temporairement le résultat net. Cette dissymétrie entre bilan et compte de résultat est inhérente à la méthode FIFO.

Pour les analystes financiers et les dirigeants, il est donc essentiel de lire les chiffres à la lumière de la méthode d’évaluation utilisée. Deux entreprises concurrentes ayant des politiques de prix similaires peuvent présenter des niveaux de marge très différents selon qu’elles appliquent FIFO ou le coût moyen. Dans votre communication financière, mentionner clairement la méthode de valorisation des stocks utilisée et, le cas échéant, présenter des analyses de sensibilité (par exemple : impact d’un passage hypothétique au coût moyen) permet de mieux expliquer vos résultats et d’éviter les interprétations erronées.

Indicateurs de performance et audit des pratiques FIFO

Taux de rotation des stocks et durée moyenne de stockage

La réussite d’une stratégie FIFO se mesure à travers des indicateurs de performance précis. Le premier d’entre eux est le taux de rotation des stocks, qui rapporte le coût des marchandises vendues au stock moyen sur une période donnée. Plus ce ratio est élevé, plus vos stocks se renouvellent rapidement, ce qui est cohérent avec une bonne application de la méthode premier entré premier sorti. En complément, la durée moyenne de stockage (calculée comme le nombre de jours dans la période divisé par le taux de rotation) permet d’évaluer le temps de séjour moyen des produits en entrepôt.

Ces indicateurs ne disent pas seulement si vous appliquez bien FIFO, ils vous renseignent aussi sur l’efficacité globale de votre politique de stocks. Si vous constatez des durées de stockage élevées sur des familles de produits pourtant gérées en premier entré premier sorti, cela peut révéler des problèmes de surstock, de baisse de la demande ou de référencement inadapté. En pratique, nous recommandons de suivre ces KPI par catégorie de produits, canal de vente et site logistique, afin d’identifier les poches de stocks dormants et d’ajuster en conséquence les règles d’approvisionnement.

Réduction des pertes par obsolescence et gestion des DLC/DLUO

L’un des bénéfices les plus tangibles de la méthode FIFO réside dans la réduction des pertes pour obsolescence. En forçant la sortie prioritaire des produits les plus anciens, vous limitez le risque qu’ils dépassent leur date de péremption ou deviennent invendables pour des raisons marketing (changement de packaging, nouvelle formule, tendance dépassée). Dans les secteurs où les marges sont faibles et les volumes importants, quelques points de pourcentage de pertes en moins peuvent faire la différence entre une activité rentable et une activité déficitaire.

Le suivi des DLC (dates limites de consommation) et des DLUO (dates limites d’utilisation optimale) constitue un volet essentiel de cet objectif. Un pilotage efficace combine des alertes systèmes (rapports de lots proches de la date, seuils de criticité), des actions commerciales ciblées (promotions, déstockages) et, si nécessaire, des arbitrages logistiques (réaffectation des stocks vers des circuits à plus forte rotation). Vous pouvez voir la méthode premier entré premier sorti comme un « garde-fou » structurel, complété par une batterie d’outils de pilotage fin pour éviter les mauvaises surprises de dernière minute.

KPI logistiques : taux de service, exactitude des inventaires tournants

Au-delà de la réduction des pertes, les entreprises qui appliquent rigoureusement FIFO constatent souvent une amélioration de leurs KPI logistiques. Le taux de service, qui mesure la capacité à livrer les clients dans les délais avec la bonne référence et la bonne quantité, bénéficie d’une meilleure visibilité sur la disponibilité réelle des lots. En effet, une organisation des emplacements et des flux en mode premier entré premier sorti rend plus rare la découverte tardive de stocks périmés ou non conformes, qui obligeraient à des substitutions de dernière minute.

L’exactitude des inventaires, qu’ils soient tournants ou annuels, est un autre indicateur clé. Lorsque les mouvements sont systématiquement effectués selon la logique FIFO et correctement tracés dans le système, les écarts entre le stock théorique (informatique) et le stock physique tendent à diminuer. Cela réduit le temps et le coût des opérations d’inventaire, tout en renforçant la confiance des équipes financières dans la fiabilité des données. En audit interne comme en audit externe, un bon niveau d’exactitude des inventaires est souvent perçu comme le signe d’une application rigoureuse des procédures, dont la méthode premier entré premier sorti fait partie.

Cas pratiques et retours d’expérience sectoriels de la méthode FIFO

Supply chain carrefour et auchan : gestion FIFO des produits frais

Les grands acteurs de la distribution alimentaire, comme Carrefour ou Auchan, ont fait de la méthode FIFO un pilier de leur supply chain produits frais. Dans leurs entrepôts et leurs magasins, les chambres froides, rayons réfrigérés et zones de réserve sont organisés pour que les produits de boucherie, de poissonnerie, de boulangerie ou de fruits et légumes soient systématiquement présentés au client dans l’ordre d’arrivée. Les équipes en magasin, formées aux bonnes pratiques FIFO, déplacent régulièrement les produits plus anciens vers l’avant du rayon et placent les nouvelles livraisons à l’arrière.

Cette approche se combine avec un pilotage fin des commandes, souvent quotidien, et des systèmes de prévision basés sur l’historique des ventes, la saisonnalité et les opérations promotionnelles. L’objectif est double : garantir au client une fraîcheur maximale tout en minimisant les invendus en fin de journée ou de période de validité. Les distributeurs s’appuient également sur des tableaux de bord détaillés de casse (pertes en rayon) pour identifier les catégories où la rotation n’est pas optimale et adapter soit les règles d’approvisionnement, soit l’organisation du flux FIFO en rayon.

Industrie pharmaceutique sanofi : conformité réglementaire et traçabilité

Dans l’industrie pharmaceutique, des groupes comme Sanofi doivent conjuguer méthode FIFO et exigences particulièrement strictes en matière de traçabilité des lots. Les médicaments étant soumis à des autorisations de mise sur le marché, à des contrôles qualité rigoureux et à des dates de péremption réglementées, la moindre défaillance dans la gestion des stocks peut avoir des conséquences sanitaires et juridiques majeures. La méthode premier entré premier sorti est donc appliquée à chaque étape : entrepôts de fabrication, plateformes de distribution, grossistes, hôpitaux et pharmacies.

Les systèmes d’information pharmaceutiques enregistrent pour chaque lot son cheminement complet, du site de production jusqu’au point de délivrance. En cas de rappel produit, il est possible de remonter rapidement la chaîne pour identifier les stocks encore présents chez les distributeurs ou dans les établissements de santé, et d’ordonner leur retrait en priorité en suivant la logique FIFO/FEFO. Pour l’entreprise, cette maîtrise de la traçabilité n’est pas seulement une contrainte réglementaire : c’est aussi un élément de confiance vis-à-vis des patients, des autorités sanitaires et des partenaires commerciaux.

E-commerce amazon et cdiscount : automatisation des flux FIFO

Les pure players du e-commerce comme Amazon ou Cdiscount gèrent des volumes et une diversité de produits tels que l’automatisation des flux FIFO est devenue incontournable. Dans leurs centres de distribution, les systèmes de stockage automatisés, les convoyeurs, les trieurs et les robots mobiles suivent des règles de priorité fondées sur la date d’entrée en stock et, le cas échéant, sur la date de péremption. Le WMS pilote en temps réel les emplacements de chaque unité, en optimisant à la fois la rotation FIFO, les temps de parcours des préparateurs et la capacité des emplacements.

Pour ces plateformes, l’enjeu est également d’assurer une expérience client homogène malgré la multiplicité des vendeurs tiers (marketplace). La méthode premier entré premier sorti permet de limiter les risques d’envoi de produits anciens ou dégradés, ce qui pourrait générer des retours, des avis négatifs et une dégradation du taux de satisfaction. Combinée à des indicateurs de performance précis (taux de retour pour produit abîmé, respect des dates de consommation, conformité aux fiches produit), la gestion FIFO contribue ainsi directement à la réputation de fiabilité et de qualité de service de ces géants du commerce en ligne.